Les dangers des écrans

Les effets de la surexposition : un enjeu de santé publique
Des repères d’âge pour accompagner les parents
Pour aider les familles à encadrer les usages, les pouvoirs publics ont formulé des repères d’âge simples et progressifs, désormais intégrés au carnet de santé de l’enfant distribué à chaque naissance depuis janvier 2025 :
- Avant 3 ans : pas d’écran, même en bruit de fond. L’attention de l’enfant doit se construire dans l’interaction avec son environnement réel et avec les adultes qui prennent soin de lui.
- Entre 3 et 6 ans : l’usage des écrans doit rester exceptionnel, limité à des contenus de qualité éducative, toujours accompagné par un adulte et dans un cadre bien défini. Il est essentiel de préserver le jeu libre, le contact humain, et le développement des cinq sens.
Le rapport Enfants et écrans préconise par ailleurs un accompagnement progressif dans la prise en main des outils numériques après 6 ans :
- De 6 à 11 ans : les enfants peuvent progressivement utiliser des outils numériques, à condition que l’accompagnement parental soit renforcé. Les parents sont invités à fixer des règles d’usage, à rester vigilants sur le temps d’écran, les contenus visionnés et à encourager les pauses régulières.
- A partir de 11 ans : les enfants pourraient être dotés d’un téléphone sans accès à internet, ce dernier jouant un rôle important dans l’exercice de l’autonomie.
- Avant 13 ans : il est fortement déconseillé de confier un smartphone connecté à Internet à un enfant. Cela l’expose à des risques pour lesquels il n’a ni la maturité, ni les outils de régulation nécessaires.
- Avant 15 ans : les enfants ne devraient pas avoir accès aux réseaux sociaux. C’est pourquoi des réflexions sont en cours au niveau européen pour permettre le contrôle d’une majorité numérique autour de l’âge de 15 ans.
Protéger les enfants et accompagner les parents : des mesures concrètes
La protection des enfants se concrétisent d’abord dans la mise en place de mesure visant à permettre un environnement propice au développement des enfants :
- Dans les lieux d’accueil de la petite enfance, l’usage des écrans est désormais interdit pour les enfants de moins de 3 ans, conformément à la charte de l’accueil du jeune enfant modifiée par arrêté ministériel le 02 juillet 2025. Cette mesure vise à garantir un environnement favorable au développement et à éviter l’installation précoce d’habitudes numériques.
- L’État agit aussi en amont, avec une stratégie fondée sur le développement des compétences psychosociales. Ces dernières permettent aux enfants et adolescents de mieux gérer leurs émotions, de résister à la pression sociale en ligne, et de faire preuve d’esprit critique face aux contenus numériques.
- L’école est également un lieu de sensibilisation. Un programme de certification des compétences numériques a été généralisé à toutes les classes de 6e depuis 2024. Il inclut une sensibilisation dès le CM1 et la remise d’un « passeport internet » pour mieux comprendre les outils numériques et leurs risques.
- Des campagnes de communication, notamment autour des 1000 premiers jours, rappellent l’importance des interactions humaines pour le développement du jeune enfant : Ne pas consulter son écran en présence de son enfant est essentiel pour ne pas le priver d’échanges importants pour son développement. D’autres campagnes, à venir, cibleront plus spécifiquement l’usage des écrans entre 0 et 3 ans.
Chiffres clés
– 90% des 12-17 ans déclarent posséder un téléphone mobile. L’écart est cependant sensible entre les 12-14 ans (81% d’équipement) et les 15-17 ans (99%) (Source : Baromètre du numérique, 2019, ARCEP)
– Selon une enquête Ipsos (Junior’s connect 2017), les 13-19 ans passaient en moyenne 15 h 11 par semaine sur Internet en 2017, soit 1 h 41 de plus qu’en 2015. Les plus jeunes sont également concernés puisque les 7-12 ans passent en moyenne 6h10 sur le Web par semaine (soit 45 minutes supplémentaires par rapport à 2015) et les 1-6 ans 4h37 (soit 55 minutes supplémentaires par rapport à 2015)
– Selon l’enquête Ipsos (Junior Connect’ 2018), sur leur smartphone, les 7-12 ans plébiscitent les applications de jeux ; les 13-19 ans diversifient fortement les usages : réseaux sociaux et messageries, musique, vidéos… Parmi les plateformes, Youtube se maintient au premier rang, désormais suivi de Snapchat qui poursuit une progression, y compris auprès des 7-12 ans
– 8 français sur 10 sont conscients de ne pas maîtriser leurs usages d’écrans sans pour autant être en mesure de les changer (Source : Baromètre MILDECA/Harris Interactive 2021)
– 24% des français déclarent consommer davantage de confiseries, sodas et snacks pendant leurs activités numériques (Source : Baromètre MILDECA/Harris Interactive 2021)
– A 15 ans, 5% des garçons et 15% des filles ont un usage problématiques des réseaux sociaux (Source : Résultats de l’enquête internationale Health behaviour in school-aged children (HBSC) et EnCLASS France, OFDT, 2018)
L’intérêt d’une limitation des temps d’exposition aux écrans
Les écrans favorisent certains apprentissages ; ils permettent l’accès à des savoirs et sont source de divertissement. Leur usage chez les plus jeunes doit être accompagné, des moments pour d’autres apprentissages psychomoteurs et relationnels ménagés, et des temps de calme et de sommeil préservés.
Si on ne peut pas parler d’addiction ou de dépendance au sens strict, il convient toutefois de rester vigilant pour qu’une pratique excessive de l’enfant ne devienne pathologique à l’âge adulte ou soit la manifestation d’autres problématiques.
Selon des données scientifiques actuelles, le temps passé devant un écran peut être corrélé à une forme physique moins bonne et à des problèmes de santé mentale et de développement social. Une pratique excessive peut avoir des conséquences :
- sur le développement du cerveau et de l’apprentissage des compétences fondamentales : les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage que les autres. Une exposition précoce aux écrans des très jeunes enfants, dès leurs premiers mois de vie, est une distraction qui pourrait avoir des conséquences sur leur développement cognitif ;
- sur les capacités d’attention et de concentration : ceci est vrai même si l’enfant se trouve dans une pièce avec la télévision allumée sans qu’il la regarde ;
- sur le bien-être et l’équilibre des enfants : au-delà de quatre heures par jour, le risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi seraient notamment considérablement accrus. Ce temps passé devant les écrans empièterait en outre sur le temps consacré à d’autres activités récréatives (sport, jeu avec des amis), qui sont essentielles et ont un impact positif reconnu sur le bien-être des enfants ;
- sur le comportement : un changement de comportement chez l’enfant ou l’adolescent (changement d’humeur, agitation, forte fatigue diurne, isolement, agressivité…) peut être le signe d’un comportement « addictif » au numérique ;
- sur la santé : une surconsommation d’écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser la tendance au grignotage. La conjonction des deux peut alors entraîner une prise de poids, voire une obésité. L’usage excessif des écrans peut être également responsable d’un manque chronique de sommeil.
Ressources
La commission d’experts chargée de rédiger un rapport sur l’usage des écrans chez les enfants a remis ses conclusions au président de la République le 30 avril 2024. Dans ce document intitulé « À la recherche du temps perdu« , les dix membres du collège de spécialistes s’inquiètent des conséquences de la surexposition aux écrans en termes de santé et de développement pour les enfants et émettent 29 propositions directrices déclinées en mesures plus opérationnelles.
Rapport : Enfants et écrans – A la recherche du temps perdu
Lien vers le site e-enfance : https://e-enfance.org/informer/surexposition-aux-ecrans/